L’économie du Japon: 2015-2020

La fin d’un modèle?

Bien que le Japon demeure la troisième puissance économique du monde et défende la réputation du géant de l’industrie de pointe, sa présence sur la scène internationale a été relayée au second plan au profit des géants du numérique (GAFAM) et les pays émergents (BRICS) depuis le début des années deux milles. Le constat est flagrant lorsqu’on regarde certains marchés de près comme celui de l’électroménager grand public ou celui des smartphones.
  Comme ailleurs le Japon doit désormais distinguer l’ancien monde et le nouveau monde. Avec la mondialisation les Japonais découvrent avec stupeur que ce qui faisait leur force était devenu leur faiblesse, une sorte de faille qui avait été occultée durant les années de prospérité (1954-1990).
L’ancien monde est celui où les entreprises et les produits Made in Japan dominaient la planète. Le savoir-faire d’orfèvre et les procédés de fabrication sophistiquées étaient jalousement détenus par des ouvriers expérimentés (élevés au rang de maîtres) capables d’assembler un produit sans le moindre défaut.
Cependant les faiblesses sont nombreuses : une forte dépendance au marché domestique, le manque de standardisation dans les procédés de fabrication ou dans les services, une faible productivité, une méthode de gestion verticale au processus de décision lent, et un sérieux retard dans le marketing digital.

Les défis à l’ère du numérique

Depuis 2010 les journaux foisonnent d’articles autour des mots clés comme la transition numérique (デジタル変革 dejitaru henkaku) nécessaire pour compenser la faible productivité des entreprises manufacturières et des services. Sur le marché de l’emploi, la bonne performance du pays en matière de chômage (2.8%) cache une réalité moins luisante, celle de l’augmentation du travail précaire (非正規雇用 hiseiki koyo) et le crépuscule de la gestion RH à la japonaise caractérisée par l’emploi à vie (終身雇用 shushin koyo), la progression de carrière à l’ancienneté (年功序列、nenko joretsu) et le tout identifié sous l’appellation générique de Gestion à la Japonaise (日本型経営、nihongata keiei) . Les Nippons découvrent la fin d’une société de classe moyenne généralisée (一億総中流社会、ichioku sochuryu shakai) qui laisse place à une société inégalitaire (格差社会、kakusashakai) autour de laquelle les politiciens, les analystes ou les intellectuels de tout bord livrent régulièrement leur opinion par tribune interposée.


La baisse de natalité et le vieillissement de la population (少子高齢化社会、shoshi koreika shakai) ont réduit le marché intérieur et provoqué quatre conséquences majeures. D’abord les entreprises doivent trouver de nouveaux débouchés hors du Japon ou trouver une nouvelle source de croissance jusque-là quasiment inconnue comme le tourisme inbound (訪日旅行、honichi ryoko). Ensuite il a contraint le pays à enclencher la réforme du travail (働き方改革hatarakikata kaikaku) dans le but de favoriser l’emploi des femmes et les maintenir en activité, puis de relever l’âge de départ à la retraite. La troisième conséquence est qu’en 2019 pour la première fois de son histoire le gouvernement japonais met en place une politique d’accueil des travailleurs étrangers (essentiellement asiatiques) appelés « stagiaires », un euphémisme à peine déguisé pour ne pas employer le terme d' »immigration » tant l’opinion publique étant encore largement réticente. Enfin, les entreprises en difficultés qui doivent licencier les employés, découvrent cette pratique longtemps restée tabou. Le Japon ,pendant près d’un demi-siècle,avait fait de l’emploi à vie une norme sociale.

Le phénix renaîtra t-il de ses cendres?


En macroéconomie, la presse et les centres de recherches spécialisés évaluent régulièrement les impacts de l’Abenomics en matière de politique fiscale et monétaire sensée relancer la croissance. Face aux nombreux défis, les initiatives privées se multiplient. Les entreprises innovent avec peine à cause des résistances aux changements tant au niveau du management qu’au niveau des habitudes de consommateurs japonais. Les Start up et les entreprises traditionnelles ne manquent toutefois pas d’imagination et de stratégies audacieuses pour rattraper le retard dans des domaines allant de l’industrie aux services.


Ce blog a pour but de placer dans son contexte le modèle japonais tantôt envié, tantôt décrié en Occident. Le Japon est-il en en train de renouveler son modèle pour entrer dans le monde 3.0 ou est-il tout simplement en train de découvrir une situation familière à tous les pays développés ayant atteint la maturité économique ?


Je vous laisse le soin de forger votre propre opinion.